Biographie
Poète et essayiste français, dont la revue, les Cahiers de la quinzaine,
a marqué la vie intellectuelle française de son temps.
D'origine modeste, mais non paysanne comme il le prétendait, et orphelin de père très jeune, il put,
grâce au
système des bourses, entrer en 1894 à l'École normale supérieure, où il eut pour maîtres Joseph Bédier,
Romain Rolland et Bergson ; ce dernier eut d'ailleurs une grande
influence sur son évolution religieuse. En 1896-1897, il écrivit une trilogie dramatique dédiée
à la «République socialiste universelle», Jeanne d'Arc; ce personnage devint une figure
essentielle de son uvre. En 1898, il participa activement à la campagne en faveur de Dreyfus
et créa une librairie socialiste avec Georges Bellais. Diverses difficultés financières et des
désaccords avec le parti le poussèrent à rompre avec ses amis et à se lancer dans l'aventure des
Cahiers de la quinzaine, «journal vrai» qui parut pour la première fois en 1900.
Si cette revue (238 livraisons entre 1900 et 1914), à périodicité irrégulière, permit à Péguy
de publier ses uvres (ainsi que celles d'écrivains tels que Romain Rolland, qui y fit paraître
Jean-Christophe), elle reflète surtout son étonnant parcours politique et intellectuel :
en 1900, il est républicain, socialiste et athée; en 1914, catholique fervent, nationaliste et
antisocialiste. Deux événements contribuèrent à cette évolution : d'une part la campagne
anticléricale du gouvernement Combes, de 1902 à 1904, qui choqua son sens de la liberté et
d'autre part, la crise franco-allemande de 1905 pour la domination du Maroc, qui lui fit prendre
conscience du péril germanique. C'est à ce moment-là qu'il écrivit Notre patrie, où il exalte
la grandeur de la France.
En 1910, dans Notre jeunesse, il s'interroge sur le sens de son engagement dreyfusard :
«Tout commence en mystique et finit en politique,
écrit-il. Son évolution politique le mena à combattre à la fois Maurras et Jaurès
, qui fut la cible de ses attaques dans l'Argent (1913), mais également le «parti intellectuel»,
dont l'emblème était la Sorbonne. Péguy retrouva à partir de 1907 la foi de son enfance, tout en se
tenant éloigné de l'Église et de ses sacrements. Sa conversion fut rendue publique, à travers sa poésie,
en 1910 avec la parution du Mystère de la charité de Jeanne d'Arc, suivi du Porche du mystère
de la deuxième vertu (1911) et du Mystère des saints Innocents (1912).
religion de Péguy est un hymne à l'espérance, deuxième vertu théologale; il donne
aussi une importance fondamentale au dogme de l'Incarnation. Cette pensée de la
religion est à l'uvre dans la Tapisserie de Sainte Geneviève et de Jeanne
d'Arc (1912), dans la Tapisserie de Notre-Dame, qui comprend la célèbre
«Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres», et dans Ève, uvre
qui fait la grande fierté de Péguy, qui y voyait son Iliade. La manière
litanique domine dans sa poésie, laquelle se confond presque par moments avec
la prière, à la fois par sa forme et par les thèmes abordés, qui sont tous tournés
vers le sacré.
Péguy consacra également des textes en prose à la critique littéraire et philosophique.
Victor-Marie, comte Hugo
(1911) comprend une étude sur Booz endormi et un parallèle célèbre entre Racine et Corneille selon
Péguy, le chef-d'uvre de ce dernier est Polyeucte, tragédie sacrée et profane d'une grande humanité.
Dans ses deux derniers textes, en 1914, Note sur M. Bergson et Note conjointe sur M. Descartes.
Il rendit hommage à ses deux maîtres à penser. Il mourut dans les premiers jours de la guerre.